19 octobre 2021

76ème Assemblée générale de l’ONU : l’intégralité du discours d’Ali Bongo

Monsieur le Président,
Majestés,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de
Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres et Chefs de
délégation,
Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Président,
Je voudrais, à l’entame de mon propos, vous adresser mes chaleureuses félicitations pour votre brillante élection à la présidence de cette 76ème Session Ordinaire de l’Assemblée Générale. Je me réjouis de l’espoir suscité par votre vision ainsi que de votre parfaite connaissance des enjeux
internationaux.


Je voudrais également adresser mes félicitations à votre prédécesseur, M. Volkan BOZKIR, pour le travail remarquable accompli dans un contexte particulièrement difficile.

A vous, Monsieur le Secrétaire Général, je réitère mes vives félicitations pour votre réélection et mon plein soutien à votre action dynamique tout au long de votre premier mandat, ainsi que ma confiance en votre projection dans la recherche de solutions durables aux multiples menaces et défis qui se posent à notre Organisation.
Monsieur le Président,

Le thème proposé pour le débat général de notre Session: « Miser sur l’espoir pour renforcer la résilience afin de se relever de la COVID-19, reconstruire durablement, répondre aux besoins de la planète, respecter les droits des personnes et revitaliser l’Organisation des Nations Unies », m’offre l’occasion de partager avec vous notre réflexion sur les grandes problématiques de l’heure.

Comme vous le savez, la crise sanitaire sans précédent générée par la pandémie de la COVID-19, qui demeure prégnante, a complètement déstructuré nos sociétés, nos économies et notre vivre-ensemble. La mise au point de plusieurs vaccins par une collaboration internationale et les campagnes de vaccination en cours dans de nombreux pays constituent une lueur d’espoir pour l’humanité. La vaccination est le seul moyen réellement efficace pour freiner la propagation du virus.

Monsieur le Président,
La conjugaison de toutes nos forces pour venir à bout de la pandémie à coronavirus est, à mon sens, une opportunité pour nous permettre de surmonter d’autres crises d’envergure qui se posent à l’humanité. En effet, la COVID-19 a révélé les faiblesses et vulnérabilités de nos économies ainsi que de nos systèmes de santé, nous contraignant aujourd’hui à penser autrement nos modèles de développement afin de les rendre plus résilients. Certains pays développés entendent déjà relocaliser tout ou partie de leur tissu productif stratégique afin de réduire leur dépendance extérieure.
L’Afrique devrait, également, s’inscrire dans ce changement de paradigme afin de rompre avec les crises qui entravent son développement.

Cela passe aussi par sa capacité à construire des infrastructures de base à même de garantir la sécurité des populations, une tolérance zéro vis-à-vis de la corruption et une gestion efficace des ressources publiques. Il nous faudrait, par ailleurs, former un capital humain de qualité, investir massivement et en urgence dans les infrastructures de santé et enfin, rompre avec le cercle vicieux de la dépendance aux matières premières brutes.
Nos économies doivent donc s’industrialiser pour créer davantage de richesses en tirant pleinement profit dudit capital humain et de nos ressources naturelles.
A cet effet, une gestion rigoureuse et transparente de la dette et des ressources liées à l’exportation des matières premières est indispensable dans la phase de transition. Nous devons enfin, plus que jamais, accélérer la transition numérique et mobiliser les ressources internes en renforçant l’inclusivité financière, notamment en faveur des femmes.
Au total, il nous faut, tirer les leçons de cette pandémie et
reconstruire nos sociétés de façon plus durable, plus juste
et plus inclusive.
J’appelle une fois de plus, les dirigeants du monde à plus de
multilatéralisme afin de bâtir ensemble une économie
mondiale tenant compte des aspirations des peuples qui
souhaiteraient un partage plus équitable des vaccins et des
progrès technologiques.
Dans cette phase charnière de jonction des dynamiques, il
est fondamental de satisfaire à ces justes exigences de la
conscience universelle, y compris une répartition équitable
des rentes des technologies ; au risque de voir se sédimenter
un ordre international source de fragilités humaines, de
défiance entre les nations et d’insécurité globale.
Monsieur le Président,
Une autre problématique qui appelle notre solidarité et qui
s’impose à nous aujourd’hui, comme une priorité, est la
sécurité climatique de notre planète.
La 26ème Conférence des États Parties à la ConventionCadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
(Cop 26), qui se tiendra à Glasgow, en Ecosse, en
novembre prochain, devrait donc être un moment d’action
sans précédent.
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Pour rappel, son objectif est de réduire de moitié les
émissions de gaz à effet de serre et de préserver la
biodiversité, tout en favorisant les investissements dans les
infrastructures vertes des pays en développement afin de
stimuler et décarboner leurs économies.
En effet, les conséquences du dérèglement climatique,
notamment la hausse du niveau de la mer, les tremblements
de terre, les feux de forêts récurrents, mettent nos sociétés
et nos communautés sous pression et doivent nous
interpeller sur l’urgence à agir collectivement.
Ces phénomènes interagissent avec les problèmes socioéconomiques et politiques dans nos pays, mettant en
évidence des risques tels que l’instabilité politique et
économique, l’insécurité alimentaire et la migration à
grande échelle, entre autres.
Il faudrait désormais que les États et les communautés
s’adaptent pour faire face aux défis du changement
climatique.
Aussi, sans préjudice de l’atténuation, l’agenda politique
international a besoin d’une augmentation significative des
ressources consacrées à l’adaptation aux changements
climatiques.
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Je reste convaincu qu’aucun Gouvernement ne saurait à lui
seul assumer l’adaptation aux changements climatiques.
Une coopération internationale est donc, à mon sens,
indispensable pour soutenir l’action locale, à la fois comme
moyen de renforcer la sécurité internationale et d’atteindre
les Objectifs de Développement Durable.
Monsieur le Président,
Le lien entre changement climatique et insécurité me parait
ainsi évident.
Comme vous le savez, le Gabon a toujours eu un
engagement en faveur de la paix et de la sécurité climatique.
Cet engagement restera entier tout au long du mandat de
mon pays en qualité de Membre non Permanent du Conseil
de Sécurité des Nations Unies, pour la période 2022-2023.
En me réjouissant de la confiance de la Communauté
internationale, je voudrais ici réitérer ma ferme volonté
d’œuvrer sans ménagement, dans la dynamique de faire
taire les armes en tous lieux et d’inscrire résolument notre
action dans la recherche permanente d’un consensus global,
faisant prévaloir la sécurité, la dignité et la prospérité des
peuples du monde.
Le Gabon saisira chaque opportunité pour appeler à
l’avènement d’un ordre international plus juste, marqué par
une réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU intégrant
aussi bien, une représentation équitable en son sein, qu’une
amélioration de ses méthodes de travail, en phase avec la
position commune africaine exprimée par le Consensus
d’EZULWINI et la Déclaration de Syrte.
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Parallèlement à plus de solidarité internationale et à la
réforme attendue du Conseil de Sécurité, la revitalisation
des travaux de l’Assemblée Générale et de l’ECOSOC, doit
également être menée en vue d’impulser une dynamique
nouvelle au sein de notre Organisation.
Ces réformes sont indispensables tant elles sont à même
d’impacter considérablement la réalisation de plusieurs
objectifs de développement durable à l’horizon 2030, y
compris la réponse aux aspirations légitimes des peuples
africains contenues dans l’Agenda 2063.
Monsieur le Président,
L’espoir de reconstruire durablement nos modèles de
gouvernance et de répondre aux besoins de la planète, exige
le respect et la concrétisation des engagements souscrits.
Je pense notamment au transfert des technologies « propres
» et à l’amélioration de l’accès des peuples aux énergies
renouvelables, afin d’accélérer leur passage à une industrie
décarbonée, respectueuse de l’environnement.
La réalisation de ces engagements est cruciale pour soutenir
les efforts des pays comme le Gabon, qui a
substantiellement mobilisé ses ressources domestiques
dans la mise en œuvre des projets d’adaptation aux
changements climatiques et de préservation de la
biodiversité.
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Dans son investissement pour la sécurité climatique, le
Gabon séquestre annuellement l’équivalent de 140 mille
tonnes de carbone, alors qu’il n’en émet que 35 mille.
Ainsi, fort d’une différence de plus de 100 mille tonnes de
carbone chaque année, l’action du Gabon est déterminante
pour l’avenir de l’humanité tout entière.
L’inscription du Parc National de l’Ivindo au Patrimoine
mondial de l’Humanité après le Parc de la Lopé, affirme la
valeur universelle et exceptionnelle de nos aires protégées.
Je voudrais saisir cette occasion pour remercier tous nos
partenaires, et nos pays amis, ainsi que tous ceux qui par
leurs soutiens multiformes accompagnent nos efforts de
conservation et de gestion durable de nos forêts.
Monsieur le Président,
Le Gabon, à l’instar de nombreux pays producteurs de
pétrole, a subi de plein fouet, l’impact de la baisse drastique
des cours des matières premières. Cette situation a conduit
au ralentissement de notre activité économique.
Dans ce contexte, j’ai instruit le Gouvernement de mettre
en place le Plan d’Accélération de la Transformation
(P.A.T). Ce programme vise à relancer notre économie, en
accélérant la transition vers l’après-pétrole, et en mettant
l’accent sur les nouveaux moteurs de croissance dont le
potentiel peut être accru. Il s’agit notamment des secteurs
minier, forestier et agricole.
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Par ailleurs, le Gabon renforce ses capacités énergétiques
par la finalisation imminente de nouvelles centrales solaires
ou hydroélectriques en vue de donner une nouvelle
impulsion à son processus d’industrialisation.
Au-delà du développement des infrastructures, l’effet induit
de la mise en œuvre de ce plan de relance, est d’assurer
l’ajustement budgétaire et la promotion du secteur privé
comme leviers de diversification et de transformation de
l’économie nationale.
Dans le secteur de l’éducation, le Gouvernement continue
de mobiliser d’importantes ressources afin d’optimiser le
système éducatif et de le mettre en adéquation avec les
exigences et les besoins réels du marché de l’emploi.
Monsieur le Président,
L’inclusion est une autre préoccupation majeure dans
l’orientation politique de mon pays.
C’est toute la portée du programme politique pour l’égalité
des chances, que j’ai impulsé en faveur d’un développement
plus équitable mettant notamment l’accent sur la
revalorisation des femmes et des jeunes, tout en s’assurant
que personne ne soit laissé de côté.
Pour ce qui est de la question de la parité, le Gabon est, en
Afrique, l’un des pays où les femmes sont les plus présentes
et représentées dans la vie publique. Premier Ministre,
Président du Sénat, Président de la Cour Constitutionnelle,
Maire de Libreville, Gouverneurs, entre autres.
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Toutes ces fonctions, parmi les plus prestigieuses de la
République, sont occupées, dans mon pays par des femmes,
auxquelles je réitère toute ma confiance.
Ma ferme conviction est que, dans un monde globalisé et
compétitif, la parité est une question de justice sociale,
d’égalité, d’équité et d’efficacité.
En effet, un pays doit être en mesure d’identifier ses talents
et ses intelligences, de les coopter et de les promouvoir,
sans distinction de genre.
Monsieur le Président,
Le développement ne saurait être durable, sans la paix et la
stabilité. Pourtant, la paix continue malheureusement d’être
mise à rude épreuve dans plusieurs régions du monde.
Le prix de l’instabilité, sous l’effet du terrorisme ou des
groupes armés, est particulièrement lourd pour de
nombreux pays africains contraints de consacrer des
ressources conséquentes à ces phénomènes entretenus,
entre autres, par le commerce illicite des armes légères et de
petit calibre et le trafic des espèces sauvages.
Une approche globale et solidaire me parait indispensable
dans le combat que nous menons contre ces sources
d’instabilité et de fragilité dans plusieurs régions d’Afrique.
Nous devons prendre conscience que toute menace contre
une nation constitue une menace contre tous.
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Monsieur le Président,
Le Gabon demeure résolument engagé au sein des Nations
Unies, comme il l’a toujours été, dans la promotion de la
stabilité et de la paix sur le plan continental, en Afrique
Centrale, singulièrement en République Centrafricaine.
La réforme du secteur de la sécurité devrait être soutenue
en Centrafrique, afin de lui permettre de se doter de Forces
de Défense et de Sécurité républicaines, disposant de
moyens humains, matériels et logistiques appropriés.
L’objectif étant de permettre leur déploiement stratégique
sur toute l’étendue du territoire afin de restaurer l’autorité
de l’Etat, d’assurer la sécurité des personnes et des biens,
de favoriser le retour des personnes déplacées et des
réfugiés.
Tout ceci conduira inéluctablement au désengagement
progressif des forces étrangères opérant en RCA sur la base
des Accords bilatéraux ou multilatéraux.
Il est par ailleurs fondamental de poursuivre
l’opérationnalisation des institutions républicaines afin de
contribuer significativement à la garantie de non-répétition
de graves violations des droits de l’homme et du droit
international humanitaire, dans ce pays.
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Il convient également de soutenir les efforts des autorités
centrafricaines visant le renforcement de la cohésion sociale
et le redressement économique du pays afin de conforter
les acquis et garantir une sécurité durable.
A cet effet, nous invitons la Communauté internationale et
les donateurs à maintenir un soutien financier adéquat en
vue d’asseoir la stabilité et de redonner l’espoir au peuple
centrafricain.
Monsieur le Président,
La construction d’un monde meilleur restera toujours à
géométrie variable aussi longtemps que de nombreux
peuples demeureront soumis à des sanctions iniques.
Aussi, voudrais-je réitérer un appel solennel pour la levée
totale de l’embargo qui frappe le Gouvernement et le
peuple cubains depuis plusieurs décennies.
Pour terminer, il me plait de réaffirmer l’attachement du
Gabon au multilatéralisme et à une plus grande solidarité
internationale qui demeurent, j’en suis convaincu, nos
atouts les plus sûrs pour bâtir une Organisation plus
résiliente, et à même de faire face efficacement aux défis et
menaces qui se posent à l’humanité.
Je vous remercie.

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